Hommage à Roger Frison-Roche

Roger Frison-Roche

Par admin chamonix, publié le vendredi 24 février 2017 20:04 - Mis à jour le samedi 27 mai 2017 11:10
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Allocution d'ouverture de l'hommage à Roger Frison-Roche par Stéphane Arru, proviseur et principal de la cité scolaire Roger Frison-Roche de Chamonix-Mont-Blanc, le 11 mai 2016.

"Tout a commencé par un nuage, un nuage pas comme les autres !

Un nuage qui [...] se gonflait, grandissait, captait les derniers rayons du soleil et planait sur la terre comme une lointaine cime enneigée.

Vision prophétique de mes combats futurs, ce nuage préfigurait la montagne de mes rêves, celle qui, sans que je le sache encore, était déjà en moi et ne me quitterait jamais."

Le versant du soleil. Mémoires.

 

"Monsieur l’inspecteur d’académie, directeur académique adjoint des services de l’éducation nationale de Haute-Savoie,

Monsieur le Président du département de la Haute-Savoie,

Monsieur le Vice-président de la région Auvergne - Rhône-Alpes, maire de Chamonix et président de la communauté de communes de la vallée de Chamonix,

Mesdames et messieurs les élus,

Chers collègues inspecteurs et chefs d’établissement,

Mesdames et messieurs, les différents membres du personnel de la cité scolaire, personnels d’enseignement, d’éducation, de surveillance, administratifs, sociaux, de santé, d’orientation, de cuisine, d’entretien, de maintenance et d’accueil,

Madame Charoy-Frison-Roche et votre famille,

Chers élèves,

Mesdames et messieurs,

C’est un grand plaisir pour moi de vous accueillir aujourd’hui dans cette belle cité scolaire presque toute entière au travail en cette sortie de période hivernale et à la veille des examens. Cette cité scolaire de près de 1000 élèves est composée - vous le savez - d’un collège et d’un lycée regroupant enseignement général et enseignement professionnel et accueillant de la formation continue pour adultes. Ces établissements réunis dans un même lieu portent le même nom de Roger Frison-Roche, ce nomade aux solides racines auquel nous rendons hommage ensemble aujourd’hui, cet auteur dont les écrits ont permis à tant de personnes de rêver et de ressentir de vraies émotions. Sans doute est-il nécessaire aujourd’hui de le faire redécouvrir à la jeune génération.

Et bien, tout au long du mois de mai les élèves ont la possibilité de s’interroger, d’observer, et parfois même de réaliser des travaux scolaires, autour et à partir de Roger Frison-Roche. Espérons qu'ils seront nombreux à être marqués par cette rencontre.

Au cours de notre propre scolarité, nous-mêmes qui sommes rassemblés dans ce hall – et je suis persuadé que c’est le cas de beaucoup d’entre nous – nous avons fait une rencontre marquante - rappelons-le nous - ce genre de rencontre, mesdames et messieurs qui crée un rêve, et qui parfois le nourrit toute une vie, une rencontre littéraire qui captive ou entre en résonance avec un désir profond ou qui participe de sa création.

Je ne vous cacherai pas que ce n’est pas Roger Frison-Roche qui a suscité en moi des désirs d’aventure - je ne le connaissais pas avant d’arriver ici - mais ce fut plutôt Alexandra David-Neel, cette grande exploratrice du XXème siècle également, comme lui écrivain et aventurière, comme lui en recherche de confrontation avec sa propre personne, comme lui ivre d’espace et avide d’inconnu, comme lui avec la volonté de jauger sa valeur physique et sa fermeté morale. Cette femme tout a fait exceptionnelle qui, par exemple, fut en 1924, la première occidentale à entrer à Lhassa, au cœur du Tibet interdit, au terme d’un périple de plus de 2 000 km à pied, m’a fait découvrir d’autres montagnes, d’autres grands espaces, d’autres terrains d’aventure… dans l’Himalaya plutôt.

Mais laissons le témoignage de cette rencontre pour d’autres occasions… car, à peine nommé à Chamonix, au moment même où je savourais déjà l’idée d’arriver au sein de cette belle vallée - et je ne suis pas déçu - on m’offrait le célèbre 1er de Cordée. J’ai aimé ! Et d’autres lectures ont suivies… d’autres encore viendront. En effet, j’ai été sensible à l’art de l’auteur pour faire apprécier - en même temps que découvrir - les pays et les êtres qu’il décrit si justement.

Cet hommage qui nous réunit coïncide avec les 110 ans de l’année de sa naissance – puisqu’il est né le 10 février 1906. Ce fut le point de départ d’une œuvre qui comporte pas moins de 31 ouvrages et de plusieurs vies que vous allez pouvoir découvrir ou redécouvrir au travers de cette exposition : ici son enfance, sa jeunesse et sa famille, là Roger Frison-Roche le montagnard et le guide, par ici Roger Frison-Roche le journaliste, le reporter et le conférencier, par là le soldat et le résistant, de ce côté-ci l’explorateur du Sud et celui du grand Nord, et puis de celui-là encore Roger Frison-Roche, le sportif accompli.

Mais quel homme !

Dans ses mémoires, il raconte que sa vie, si intense et si riche, a commencé par la vision d’un simple nuage… un nuage au dessus du Bois de Boulogne, un nuage finalement pas comme les autres… un nuage qui lui révéla à la sortie de l’enfance que la montagne était déjà en lui et qu’elle ne le quitterait jamais…. L’évocation de ce nuage que vous découvrez dans ce hall aux côtés de son portrait restera ; elle interpelle déjà celles et ceux qui le traversent.

Cette exposition n’aurait pas pu exister sans le concours de la Maison de la Mémoire et du Patrimoine de la Vallée de Chamonix dont nous avons utilisé le fonds documentaire, en particulier grâce à l’aide précieuse de madame Perrillat que je remercie grandement, d’autant plus qu’elle oeuvrait en même temps à la réalisation d’une autre exposition associant Roger Frison-Roche et Paul-Emile Victor, autre exposition que je vous invite vivement à découvrir ; cette exposition  n’aurait pas pu exister non plus sans le soutien et les conseils avisés de madame Cuenot que je remercie vivement. Mes plus sincères remerciements vont également à la mairie de Chamonix-Mont-Blanc, notamment à madame Chays, conseillère municipale, qui a bien œuvré à l’organisation de cette exposition et de cette journée qui se poursuivra, je vous le rappelle, par un repas selon les goûts de Roger Frison-Roche préparé par madame Bessé, notre chef de cuisine et son équipe qui ont tenu à participer à leur façon. Cet après-midi, c’est un accueil du public qui est prévu et, ce soir, au cinéma Le Vox de Chamonix, grâce à son directeur monsieur Cataldo, nous projetterons le film « La piste Frison-Roche » réalisé et mis en scène par deux anciens élèves, puis nous pourrons voir le making off du film « premier de cordée » en présence du, je crois, très fameux René Vernadet.

Je veux également remercier les élèves, collégiens et lycéens, et leurs professeurs ici présents qui ont participé à cet hommage : en particulier les élèves de 5ème, 4ème et 3ème de madame De Prieck et de monsieur Poulain, ceux du baccalauréat commerce de mesdames Terrasson, Richalot et messieurs Burnier et Massa et ceux du baccalauréat ASSP de madame Valette-Morel qui ont bien œuvrés. Ceux de l’option DP3 de madame Riou aussi. Peut-être de nouvelles vocations sont-elles nées, peut-être cela sera-t-il pour eux l’occasion d’une rencontre plus intime avec « Frison ». Tous ne sont pas là avec nous, car les enseignements se poursuivent pendant que nous parlons, et certains étudient en ce moment même, par exemple, des extraits de « Les Montagnards de la nuit », autre ouvrage.

Et prochainement, nous donnerons la possibilité à nos jeunes élèves - collégiens surtout - de mieux le connaître encore… Ce sera la publication d’une courte biographie adaptée au jeune public qu’écrit madame Gateuille, ici présente et que je tiens à saluer tout particulièrement. Ce livre, qu’elle termine s’intitulera « Je suis… Roger Frison-Roche ». il sera édité grâce au soutien financier de l’association des parents d’élèves dont je relève l’implication, et spécialement celle de sa présidente, madame Trappier. Vous le trouverez en librairie.

Enfin, madame Charoy Frison-Roche, je vous adresse tous mes remerciements pour avoir répondu à mon appel lorsque je cherchais une simple photographie de votre père dont je ne trouvais aucune trace dans l’établissement. Grâce à vous, il prendra désormais toute sa place !

Dans un moment nous découvrirons solennellement son portrait, puisque c’est là l’objet principal de notre rencontre ce matin. Ce portrait restera et interpellera élèves et visiteurs, personnels et stagiaires, etc. Nous l’avons conçu pour cela. A la suite de cette inauguration, une élève de l’établissement que vous connaissez bien, madame Charoy, accompagnée d’une des ses amies, liront un extrait de ses mémoires, « Le versant du Soleil ». Puis nous pourrons échanger autour d’un rafraîchissement en visitant l’exposition et en appréciant les travaux des élèves, sous le regard aiguisé de nos jeunes reporters qui viendront à votre rencontre pour témoigner de cette journée.

Monsieur le Président pour le collège, monsieur le Vice-président pour le lycée, nous avons là un bien bel outil de transmission et d’éducation : la cité scolaire. Et en appui de l’hommage rendu aujourd’hui à Roger Frison-Roche, pour participer à l’inscription de sa mémoire dans le temps, vous avez accepté l’engagement conjoint du département et de la région - auquel s’ajoute également celui de la commune – pour financer ce portrait. Au nom de nous tous, je vous remercie.

Cela est le signe d’une collaboration fructueuse sur tant d’autres sujets dont nous savons qu’elle est précieuse, ou plutôt qu’elle est primordiale grâce à la qualité et l’écoute des personnes des services notamment. C’est bien là le signe de liens qui existent entre nous, liens qui ne sont pas des chaînes ou des entraves, mais plutôt des traits d’unions qui nous relient autour d’un même attachement, celui du bon fonctionnement du service public d’éducation. Ces liens pourraient être symbolisés par la corde, ici, cet objet éminemment précieux entre les hommes. Roger Frison-Roche en connaissait la valeur.

Monsieur l’inspecteur d’académie, soyez assurés que cette volonté de perpétuation du lien entre une génération et l’autre est au service des valeurs que nous portons à l’Ecole, car ce n’est pas un lieu comme les autres…

C’est le seul lieu de passage commun à toute une classe d’âge sans distinction et au fond, c’est le dernier lieu d’apprentissage universel et obligatoire de l’appartenance au collectif ; l’école est bien l’emblème du lien qui unit l’individu à la société. C’est un lieu viscéralement républicain puisque les fondations sur lesquelles elle s’érige ont pour nom ses valeurs, en particulier celles inscrites sur son fronton : liberté, égalité, fraternité ; la laïcité également. Ces valeurs - nos valeurs - ont pour elles la force de la durée.

Enfin, c’est bien ici le lieu où doit s’opérer ce passage de relais des valeurs républicaines, ces valeurs qui nous lient toutes et tous et qui font société. Cela n’est pas simple, l’actualité se charge de nous le rappeler régulièrement - et parfois fort douloureusement - mais nous œuvrons inlassablement et avec conviction ensemble… comme au sein d’une même cordée.

Je vous remercie pour votre participation à ce moment de partage."

 

 

 

 

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